J’ai voulu y croire jusqu’au bout. Thélyson Orélien, faussaire? Impossible. Le gars avait une épopée digne d’un protagoniste d’histoires qui ne s’inventent pas. Il y a près de 10 ans, j’avais eu un débat à la radio avec une animatrice qui remettait en question le fait que j’avais dit qu’à la place de Giovanni Apollo, je me serais probablement inventé une légende moi aussi afin de faire mon chemin, partant du quai d’une gare avec une seule valise comme avenir. Par après, le gars a sombré pour plein d’autres raisons mais en 2026, on constate qu’il y a une différence entre la bullshit de vendeur et la bullshit, tout court.
Essayer de se vendre avec une embellie, ça existe depuis que le monde est monde, les attachés de presse sont des experts dans l’art de créer une légende autour d’à peu près n’importe qui. Sauf qu’avant l’IA, cette légende servait à attirer l’attention sur des talents réels.
Bien avant l’IA, il y a eu les gars de Mili Vanilli, ces faux chanteurs qui nous auraient fait marcher pendant des années, si ce ne fut de cette prestation en lipsync où le CD s’est mis à sauter. J’avais honte pour eux. Un des membres du tandem a même fini par s’enlever la vie.
Ils disent qu’ils ont vérifié le livre d’Orélien avec Pangram, un logiciel de détection de l’IA. J’étais plus que sceptique. J’ai pris un de mes romans à moi, que j’ai écrit à la sueur de mon front et j’ai fait le test. Trois fois. Loin d’être Alexandre Jardin, Stephen King ou Saint-Paul, je me disais que mon style littéraire quelconque ferait probablement croire à Pengram que j’étais de l’IA. Mais non. Trois fois, on m’a dit que ces milliers de mots m’appartenaient à moi et non à la machine. J’ai retiré mon post d’appui à l’auteur Haïtien sur Facebook, pas que je le crois coupable mais parce que j’avais vraiment peur de ne plus savoir de quoi je parle.
Pour comprendre la probable vérité au sujet d’Orélien, je vous invite dans un studio d’enregistrement. Maintenant, y’a plus vraiment de batteur. C’est un logiciel qui a des sons déjà pré-enregistrés. Les fausses notes se font rares aussi avec Auto-tune, un autre logiciel. Vous n’avez pas la juste cadence? Qu’à cela ne tienne, des outils vous permettent d’étirer ou de rétrécir ce que vous venez d’enregistrer. En 2007, un réalisateur très en vue mixait un de mes albums et m’a demandé si j’acceptais qu’il passe un petit peu d’Auto-tune sur ma voix mais genre, un 5%. J’étais insulté. Il m’a dit : entendons-nous, tu ne fausses pas mais tout le monde utilise ça aujourd’hui et ceux qui ne s’en servent pas on l’air de fausser quand on les compare avec tout ce qui joue.
Jusqu’à récemment, ces outils étaient l’équivalent d’un niveau au laser ou d’une perceuse sans fil en construction. Dans une démarche honnête, ça ne bâtira jamais la maison à notre place.
Mais aujourd’hui, les outils de polissage ont été remplacé par des outils de structure et d’assistance à la création quand il ne s’agit pas carrément de création totale. On sifflote un air et l’IA transforme ça avec la voix qu’on veut, un groupe ou un orchestre symphonique, paroles incluses, si notre paresse ne peut attendre notre ascension vertigineuse et plus fausse que fausse dans le showbiz.
D’après moi, Orélien a écrit un livre mais avec moins de style, moins de punch… moins de ce que ça prend pour être au sommet du sommet, repère des surdoués littéraires, ceux qui courent le 100m écrit en moins de 10 secondes.

C’est tentant de passer son manuscrit dans la machine à miracles, celle qui projettera, tel un filtre sur Facebook, une version augmentée, parfaite et irréprochable de nous-même.
Toute cette bouillie médiatique m’a rappelé un projet de thèse-essai sur lequel je travaille de façon totalement aléatoire depuis 16 ans. Tout était là. Une thèse sur le mensonge en société. J’ai demandé à l’IA si elle voulait profiter de cette ère de supercherie pour écrire ça avec moi. Elle m’a qualifié avec humour de cynique et a accepté. Rassembler toutes les références (des centaines) a pris… une journée. Sans l’IA, Le Rapport Santa Claus aurait pris des années à exister et encore, aurait-il simplement existé?
Est-ce que ça m’a convaincu d’utiliser l’IA dans mes créations? Jamais. Je méprise profondément cette structure qui a dénaturé les humains et dans leurs propres mots, par-dessus le marché. Mais écrire sur le mensonge et la supercherie avec elle, ça allait de soi.
Les scientifiques, les puristes et les jaloux ont créé le doute au sujet d’Orélien. On ne saura jamais vraiment. Le doute, c’est puissant. C’est au chapitre 10 du Rapport Santa Claus.