Été 2020, y’a pas grand chose à faire. Je pars en roadtrip à Natashquan. Outre les paysages à couper le souffle, mon trajet sur la Côte-Nord m’intrigue. Je croise de nombreux travaux sur la route. Une dizaine de chantiers déserts sauf deux, où des employés et leurs pépines s’activent. Loin d’accuser qui que ce soit, ça me donne l’impression d’entrepreneurs qui ont commencé un travail qu’ils n’auront pas le choix de terminer cette saison. On a scrapé juste assez un peu partout pour ne pas laisser ça comme ça, s’assurant de  » la belle ouvrage » jusqu’à la mi-novembre.

Prenant connaissance de l’annonce de l’administration Marchand, à propos des travaux préparatoires pour le tramway, j’ai eu une impression de déjà vu. On va bloquer René-Lévesque, de l’université au Parlement, même si on ne pourra pas tout faire en même temps. D’autres rues et boulevards subiront le même sort. On va condamner l’endroit et on va détourner le bétail, tout simplement.

Évidemment que sur un chantier de sept ans, il n’est pas question de terminer à la fin de l’été mais on poursuit des objectifs importants, idéologiquement comme logisitiquement.

• Plus un grand nombre de chantiers débuteront rapidement, plus un retour en arrière ou une modification de tracé deviendra impossible;

• Face à tout ce bitume foutu en l’air et tous ces arbres abattus, les paliers de gouvernement n’auront d’autre choix que de boucler le financement et dans le cas contraire, les contribuables de Québec seront obligés de s’endetter davantage sous peine de tout perdre ce qui est déjà investi;

• On condamne le seul boulevard à circulation fluide à Québec pour qu’utiliser sa voiture devienne un enfer, forçant les gens à prendre le transport en commun, des détours interminables, faire du télétravail ou décider de laisser tomber la tranquillité de sa banlieue pour venir vivre dans un gratte-ciel en ville;

• En bloquant tout, on conditionne le bétail municipal à vivre misérablement pendant des années pour se sentir faussement libéré quand le tramway sera lancé. Ça sera juste moins pire mais pas beaucoup mieux, compte tenu de l’ensemble des irritants et la hausse de la population.

Aucune conciliation, aucune collaboration afin de minimiser les impacts négatifs de ces travaux. Les automobiles sont interdites dès maintenant, sans transition, laissant le bétail pantois. Les gens ont peut-être voté pour un tramway mais ils n’ont pas voté pour une démarche aussi sauvage et sans compromis.

Mais pour ça, faudrait que les gens soient des gens, pas du bétail qu’on barouette de gauche à droite, sans égard, sans empathie et sans aucune considération. Après une campagne sale où la division a régné plus que jamais, était-ce trop demandé de mettre en place une logistique moins brutale afin de rallier tout le monde?

Non.

Ça va être Bêêêêêê l’fun !

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