Le premier réflexe d’un adulte responsable est d’éloigner les enfants du danger, d’établir des règles tout en favorisant la prévention. Le système capitaliste et les instances gouvernementales ne fonctionnent pas ainsi.

Dans les années 90, on a fait miroiter internet comme étant un espace libre de contenu et d’idées. Nous y sommes tous allés, désertant les bouquins et pour beaucoup, les timbres et les enveloppes. Une fois dans cette cage à homard, nous voilà profilés avec les cookies et traqués systématiquement. On a qu’à voir à quel point toute notre activité est scrutée et archivée lorsqu’un procès se met en branle. Soudainement, vos courriels, vos historiques et vos SMS se présentent à la barre des témoins.

À la fin de cette décennie, on s’est mis à pouvoir, comme par magie, télécharger films et surtout, beaucoup de musique, sans aucun égard aux créateurs, les privant de revenus importants. Nous y sommes tous allés et une fois les disquaires désertés, c’est devenu illégal de s’abreuver à cette fontaine musicale. Une fois le troupeau rassemblé et la clôture fermée, c’est devenu payant. On s’est ensuite assuré de se débarrasser des petits artistes indépendants avec le streaming, plateforme qui ne paie qu’aux gros joueurs.

Quand on croyait avoir tout vu, L’IA est débarquée sans aucune règlementation. Malgré qu’elle puisse usurper des identités, violer le droit d’auteur et même prendre des décision de vie ou de mort dans le secteur militaire. On laisse aller, on regarde ce que ça donne. Les créateurs de contenu se sont fait remplacer, les illustrateurs, les graphistes, les musiciens et même les acteurs ne savent plus à quel saint se vouer. Meta, X et Cie sont devenus des endroits où absolument tout est permis. Plus de règles, plus d’éthique. Tout ça au nom de la liberté. Pareil comme internet et Napster.

On se débarrasse des penseurs et surtout, on crée un monde où le vrai du faux est indiscernable. On tolère des sites comme Threads où à peu près tout ce qui s’y dit est faux mais qu’à cela ne tienne, les gens sont là, exposés à de la publicité et c’est tout ce qui compte.

Où sont nos décideurs? Comment se fait-il que tout contenu généré par l’IA n’a pas une trace digitale permettant de l’identifier formellement. Pourtant, vous ne pourrez jamais mettre sur le marché un produit alimentaire qui ne mentionne pas les ingrédients, le pays de provenance et l’identité du producteur. Comment se fait-il qu’on puisse usurper l’identité des gens dans des images ou vidéos, banalisant cette diffamation digitale au nom de l’humour ou de notre ébahissement face aux progrès de cet enfant roi qu’est la technologie? Comment se fait-il qu’en 2026 tous les citoyens n’ont pas une identité numérique vérifiée, afin de supprimer les faux comptes et que chaque générateur de contenu soit responsable légalement de ce qu’il publie? La réponse, on l’a depuis toujours. Sans la pomme dans le jardin, on n’a pas de bible. Sans moteur qui va à 240 km/h, même si la limite légale est 100, on n’a pas de fun.

On s’en fout. On laisse l’enfant de quatre ans seul dans la cuisine avec une petite échelle et les ronds du poêle allumés. C’est aussi irresponsable que ça. Mais comme avec internet et Napster, les gouvernements ne cherchent-ils pas l’anarchie pour ensuite mettre de l’ordre et désigner des versions officielles, criminalisant toutes les autres? Ce serait pratique. Tout comme les compagnies de disques et éditeurs de livres qui vont réaliser le rêve de non seulement se débarrasser de ces foutus artistes difficiles à gérer mais d’avoir en plus leur part du gâteau.

Et un matin, on se retrouvera avec 30% de chômage et des baccalauréats qui n’auront plus que la valeur du papier sur lequel ils sont imprimés. S’en suivra une dépression collective (les comptables, les avocats, les ingénieurs y passeront également) où l’humain se sentira dévalorisé face à cette énorme poupée gonflable qu’est l’IA. On se gavera de Prozac en attendant on ne sait quoi, question de ne pas laisser Big Pharma en reste.

Est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Vraiment?

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